01 - La construction de sa libre pensée

À l’appui d’une éducation républicaine et maçonnique, la construction de sa libre pensée emprunte les voies du savoir et de la liberté dans le Sud-Ouest en entrant en Résistance contre l’occupant.

Publié il y a 2 mois

Carte de visite d’Henri Caillavet durant la première moitié des années 1940

À l’école des valeurs familiales et républicaines

Fils de Jean Léger Caillavet, gascon négociant en tissus et confection à Agen, et de Marie-Louise Caubet, provençale, Henri Guy Pierre Emile Caillavet voit le jour le 13 février 1914 à Agen. Il est le cadet de la fratrie, entre sa sœur Jeanne de dix ans son aînée et son petit frère Fernand.

Son père occupe une position relativement importante dans les milieux radicaux et laïques de la cité. Ce franc-maçon est, durant l’entre-deux-guerres, le vénérable de la Loge « La Vraie Fraternité » à Agen du Grand Orient de France, tandis que sa mère est une femme d’esprit, rationaliste et déjà suffragette. Tel un carrefour intellectuel, dans le foyer Caillavet défilent des personnalités comme le général Joffre, Georges Clemenceau ou encore Jean Zay. Ces rencontres façonnent le jeune Henri, qui grandit dans un environnement où la libre pensée et l’engagement public constituent des valeurs cardinales.

Par ailleurs, Henri jouit de la situation aisée de ses parents, passant ses vacances d’été dans la villa Henri, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) où la famille Caillavet a pignon sur rue. À Agen, il étudie à l'école Joseph-Bara puis au lycée Bernard Palissy où il obtient en 1933 son baccalauréat.
 

Toulouse, ville de liberté

Désormais étudiant à la faculté de droit et de lettres de Toulouse, il est l’élève du philosophe Vladimir Jankélévitch qui va profondément influencer sa construction intellectuelle. Par ailleurs, il est initié en mai 1935 par la Loge des « Vrais Amis Réunis et l'Indépendance Française » du Grand Orient de France de Toulouse.

Durant sa période étudiante, il côtoie les milieux libertaires et passe, au cours des années 1937-1938, avec deux camarades des armes démontées pour les Brigades internationales dans les Pyrénées. Ces actions risquées révèlent un homme prêt à défier l’ordre établi pour défendre ses convictions.

Il n’en est pas moins assidu dans ses études, obtenant en novembre 1938 une licence ès lettres, mention philosophie, et un diplôme de sciences pénales. L’année suivante, il devient docteur en droit, puis en juin 1940 docteur en sciences politiques et économiques pour son étude sur la surveillance des prix. Il est encore candidat à l’agrégation de droit, quand l’application de la loi discriminatoire de Vichy du 13 août 1940 contre les francs-maçons le prive de concourir.

Une robe d’avocat masquant sa résistance au nazisme

Sa carrière d’avocat débutée en 1939 à Toulouse, est interrompue par la déclaration de guerre. Mobilisé le 16 septembre comme élève officier de réserve au sein du dépôt du 6e groupe autonome d’artillerie, il est affecté en janvier 1940 au 10e d’artillerie de Rennes. Accidenté, il est soigné à l’hôpital de Rennes puis de Bagnères-de-Bigorre avant d’être démobilisé en août 1940 à Tarbes.

Durant ces années troubles, la vie d’Henri Caillavet se dévoile essentiellement à la faveur d’archives publiques, de témoignages et des souvenirs qu’il a livrés. Ainsi, au cours de l’été 1940, lui et son frère renoncent à partir en Afrique s’engager dans les FFL et demeurent auprès de leurs parents à Bagnères-de-Bigorre. Après avoir été dénoncé en septembre comme franc-maçon, Henri est interné le 28 octobre 1940 avec son père au camp de Noé avant d’être relâché.

Profitant de sa liberté retrouvée, Henri Caillavet débute en octobre 1940 une coopération avec le journal Le Républicain des Hautes-Pyrénées en publiant une série d’articles économiques et juridiques sur les grandes puissances mondiales.

Dans l’ombre, il entre dans la Résistance en participant en novembre 1940 avec son ancien professeur de droit constitutionnel, André Hauriou, à la mise en place du réseau Combat dans la région toulousaine. Depuis son domicile bagnérais, il fonde dès mars 1941 avec André Barrès, professeur franc-maçon révoqué par Vichy, la première cellule du mouvement Combat. Durant l’été 1941, il met ce dernier en relation avec André Hauriou pour organiser la résistance dans la région de Toulouse.

Voyant plus loin que ses habituelles affaires correctionnelles, le jeune avocat, désormais inscrit au barreau de Bagnères-de-Bigorre, tente d’asseoir sa position sociale. En juillet 1941, il brigue les fonctions d’avoué près le tribunal de sa ville. Mais la Chancellerie lui refuse ce poste en novembre 1941 considérant d’une part que sa démission de la franc-maçonnerie était insincère au regard de ses opinions antigouvernementales. La décision s’appuie d’autre part sur la procédure disciplinaire engagée contre lui en décembre 1941 pour rabattage de clients à la prison de Tarbes qui aboutit en mars 1942 à une suspension d’exercice de deux mois.

Cette mise à pied professionnelle n’empêche pas Henri Caillavet de poursuivre son engagement dans la Résistance. En avril 1942, sous le pseudo "Chanel", il est délégué du groupe de résistance Combat de Toulouse et reçoit mandat de créer un réseau de résistance dans la région d’Aire-sur-l'Adour. 

Alors qu’il va devenir père de son union avec Françoise Rousseau, l’été 1943 sonne pour lui comme l’été de tous les dangers. Dans une affaire obscure de documents remis le 31 mai 1943 à un gendarme de Bagnères-de-Bigorre, il est inculpé d’activité subversive pour distribution d’un tract « Le Franc-Tireur ». Alors que le procureur de Bagnères-de-Bigorre souhaite l’auditionner sur cette affaire, Henri Caillavet ayant vraisemblablement eu vent des charges pesant sur lui, déjoue la surveillance policière en tentant avec son frère de passer clandestinement en Espagne. Partis sous la conduite d’un guide, ils sont arrêtés le 20 ou 23  juin 1943 par la police allemande des frontières aux environs du col de Rieumajou.

Détenus quelques jours au siège de la police de sûreté allemande de Tarbes, Henri et Fernand sont transférés à Toulouse à la prison militaire de Furgole. Dans cette prison secrète, gérée par l’occupant, tous deux échappent à une exécution promise en cas de manifestation contre les troupes allemandes le 14 juillet. Ils sont finalement libérés le 11 août 1943, leur mère ayant d’abord fait intervenir la maitresse du chef régional de la police allemande, avant de plaider directement leur cas auprès du colonel Müller.

Considéré comme suspect dans les milieux de Bagnères-de-Bigorre au regard de sa libération anticipée par les autorités allemandes, Henri ne réapparaît dans cette localité que le 19 septembre 1943. Bénéficiant d’une libération conditionnelle assortie d’un départ en sursis en Allemagne, il doit encore affronter la sentence du tribunal correctionnel lors de l’audience du 28 juillet 1944 qui n’aura pas de conséquence sur sa vie.

À la Libération, Maître Caillavet plaide dans trois affaires de collaboration devant la cour de justice des Hautes-Pyrénées tout en préparant son entrée en politique.