03 - Un enracinement dans la vie locale et le radicalisme

Cantonné au Conseil général de Lot-et-Garonne et à la mairie de Bourisp durant sa « traversée du désert », la trajectoire de ce radical traverse plusieurs courants politiques au gré des alliances.

Publié il y a 6 mois

Henri Caillavet à la fin des années 1970

Une triangulation temporaire Paris-Bourisp-Astaffort

Le jeune député est devenu conseiller général du canton d’Astaffort le 14 octobre 1951. Dès la première séance du Conseil général, il se révèle le puissant porte-parole du groupe des radicaux-socialistes et suit attentivement les dossiers locaux. Il mesure les besoins ruraux et y fait redistribuer tout ce que les fonds structurels peuvent apporter à l'accompagnement de la modernité et du changement, tout en observant qu'"au pas des bœufs", comme il disait si bien, les réformes sont toutes aussi bien menées à terme. Toutefois, entre 1956 et mai 1958, son opposition à la politique menée en Algérie et au marché commun provoque l’irritation des chefs de file départementaux du parti radical (Bordeneuve, Restat, Lapeyrusse) et des militants influents que le putsch d'Alger du 13 mai 1958 renforce.

Empreint d’une amertume consécutive à la défaite aux législatives, son second mandat est surtout marqué par la lutte de pouvoir qu’il se livre avec Jacques Bordeneuve au sein du parti radical pour le contrôle du Conseil général. Peinant à convaincre son électorat, qui lui reproche surtout ses absences sur le territoire, et à relancer sa carrière, il démissionne le 17 octobre 1963. Si officiellement, il entend protester contre la politique gouvernementale, la réalité est plus sévère. N’espérant plus pouvoir se faire élire à nouveau dans la région, il déclare s’éloigner définitivement de la vie politique lot-et-garonnaise…

Sa vie se partage désormais entre Paris, dans son cabinet juridique, et son « petit village montagnard » de Bourisp dans les Hautes-Pyrénées, dont il est maire. Durant ses trois mandats exercés de 1959 à 1977, il s’emploie à défendre les intérêts de sa centaine d’âmes confrontés au développement des grandes stations de ski de Saint-Lary dont les coûts d’aménagement pèsent sur les impôts locaux des petites communes environnantes.

Ses fonctions de premier édile s’arrêtent net lors des élections de 1977 où il est battu. Tout en restant fidèle à sa commune, il se tourne dès lors vers d’autres horizons.

Un radical-socialiste traversant plusieurs courants politiques

Henri Caillavet est demeuré loyal à son parti de cœur, les radicaux-socialistes, de ses débuts en 1945 jusqu’à la crise de régime en mai 1958. Jusque-là, ce coleader incontesté du parti rappelle à l’envi le programme libéral de défense laïque des classes moyennes contre le communisme et en faveur du maintien des institutions républicaines.

Sa défaite aux législatives où il se désiste pour la première fois en faveur du candidat communiste, marque un virage dans son positionnement ouvrant une période de détente avec le PC dans laquelle il milite dans le Mouvement de la paix. En désaccord avec la ligne du parti radical, trop inféodé au gouvernement gaulliste, Henri Caillavet tente vainement de constituer en 1959 un parti radical socialiste autonome en Lot-et-Garonne. Poursuivant au sein du parti radical sa quête d’alliance à gauche dans son opposition au gaullisme, il soutient la candidature de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965 et est élu sénateur sur une liste de la FGDS. Après la signature du Programme commun de la gauche en juin 1972, il fait partie des 19 parlementaires de l’aile gauche, qui pour des motivations électorales comme idéologiques rompent avec le parti radical valoisien, pour fonder le MRGS, allié du PS.

Dans la fédération lot-et-garonnaise, il est suivi par une majorité de radicaux et peut alors compter sur le soutien de Jacques Bordeneuve et Raymond Soucaret.

Le vice-président du mouvement des radicaux de gauche (MRG), prospectant en 1974 de nouvelles alliances au centre droit, prend par la suite ses distances avec les positions marxistes du PC et du PS. Voulant incarner le courant social-démocrate dans le pays, Henri Caillavet démissionne brutalement du MRG en décembre 1975 pour lancer avec son collègue Jacques Pelletier, sénateur de l’Aisne, son propre mouvement, le Comité d’action pour une démocratie sociale. Cette démission provoque des remous jusque dans la fédération communiste de Lot-et-Garonne, dont Henri avait bénéficié des voix aux élections sénatoriales de 1974 en tant que candidat de l’union de la gauche. S’il demeure selon ses mots dans une « opposition constructive », refusant de rentrer dans le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing, il se rapproche en 1979 de l’UDF à l’occasion des élections européennes avant de soutenir en 1981 François Mitterrand et de réintégrer l’année suivante le MRG.